GREG SZAPLINSKY à l'Européen (Paris)
Coup d'Blues et Arthur Rimbaud
-A PROPOS DU BLUES
Le Blues raconte la vie, celle de tous les jours, avec les petits et les grands moments. II évoque les peines, souvent avec humour, les joies, la chaleur des moments passés ensemble autour d'un verre, les rapports entre les femmes et les hommes. Depuis, le Blues a fait son chemin. II est devenu une musique universelle, interprétée par des Européens qui reprennent des standards mais composent aussi des textes actuels ; et des Africains qui ont retrouvé leurs racines en utillsant les instruments traditionnels. C'est ainsi, dans la meilleure acceptation du terme, une musique profondement populaire.
-Dans cet esprit, le Festival "Blues sur Seine", souhaite, depuis sa création en 1999, rassembler le plus grand nombre. La musique envahit tous les lieux, les salles de concert bien sûr, mais aussi les établissements scolaires, les bibliothèques et librairies, les centres culturels, les maisons de retraite, l'hopital, les entreprises, les bars..
Blues sur Seine" se veut pluridisciplinaire. Un concours d'écriture de nouvelles a été organisé sur le plan national et les deux vainqueurs ont été publiés et distribués sur les lieux de concert et les etablissements scolaires. Un Tremplin "Nouveaux Talents" est organisé. Les huit finalistes se retrouveront sur un CD promotionnel, et la meilleure création en francais recompensée par un prix spécial.
"The Blues is still alive" Jean Guillermo, Fondateur du festival
vivez
vous fait un
sale coup, par exemple.


Voyez-vous,
ce que c'est, le blues, c'est quand quelqu'un est
tracassé par une chose, il a le blues s'il est pas capable
de
s'en débarrasser en la chantant. Votre vieille compagne vous
a
quitté, vous avez le blues. Si vous êtes pas
capable de
transformer . ça en musIque, vous pouvez pas vous l'enlever
de
la tête, comme qui dirait.
Voilà, c'est ça le
blues.
-PINETOP PERKINS
«
Il y en a qui disent que le blues n'est rien d'autre qu'une femme qui a
envie de voir son homme, que le blues n'est rien d'autre qu'un homme
qui a envie de voir sa bonne femme, mais ce n'est pas que ça.
Le blues, c'est ce que vous ressentez quand vous ne pouvez pas avoir
quoi que ce soit d'autre. » -RUFUS THOMAS
Mes blues ne cherchent pas à rendre les gens tristes. Ma musique cherche à les secouer, à leur communiquer de l'énergie, à les faire vibrer au rythme de ce que je chante.
Qu'ils
se payent une tranche de bon temps, ne serait-ce que le soir
où ils viennent m'écouter.

Lorsque les chants, les musiques et les langues des terres
africaines razziées par les marchands d'esclaves, mais
coupés de leur fonction rituelle, sociale et culturelle,
fragmentés par l'oubli, déformés par l'interdit et
le refoulement, rencontrent les sons, danses, chants et musiques des
terres américaines, langues anglaise, française,
allemande, berceuses, comptines, hymnes, chansons et ballades, gavotte,
valse quadrille ou polka, les œuvres classiques ou populaires du
répertoire orchestral européen, commence la lente
genèse du blues, musique qui n'a pas vraiment d'origine, mais
qui, moyen de communication, de reconnaissance et d'ascension sociale,
comme l'atteste la plus-value donnée aux musiciens dans les
ventes d'esclaves, signe l'inscription du Noir dans sa nouvelle
société.
Viennent d'abord : les chants de travail,
les cris et les appels, qui rythment le labeur aux champs ou sur les
chantiers ; les mélopées, les fredonnements ou les
« petits airs » que remarque Thomas Jefferson en
1786 dans ses Notes on Virginia ; le violon, qui distrait et fait
danser les maîtres et qui, joint au banjo et aux morceaux de bois
ou d'os qui remplacent les tambours interdits par le « Code
noir », enchante aussi les esclaves ; les chants
religieux, empruntés pour l'essentiel à la liturgie
protestante... d'où naissent, avec le minstrel show, d'abord
composé de Blancs à face noircie (1843), puis de Noirs
(Georgia Minstrels, 1865), le spiritual - dont la première
manifestation organisée sera la mise sur pied, le 6 octobre
1871, de la tournée des Fisk University Jubilee Singers -, le
jazz et enfin le blues, né sans doute entre 1865 et 1870,
c'est-à-dire après la guerre de Sécession,
après l'abolition de l'esclavage.
Descendant de l'art du griot, du conteur
d'Afrique, évoquant la figure du trobar, le troubadour de la
Provence des XIIe et XIIIe siècles, le blues est là
dès que le Noir se parle à lui-même, mais il ne
pouvait trouver sa forme et son espace qu'à partir de
l'identité de ses inventeurs. Esclave, le Noir est sans nom, ne
s'appartient pas. Libre, et bien que sa condition n'en soit souvent
nullement améliorée, il peut chanter en son nom, chanteur
qui exprime un groupe dont il est en même temps l'expression.
Ainsi peut-il raconter son histoire et l'histoire de son peuple,
créer mythes et poèmes, dire ce qu'il vit, et parler
d'amour, l'amour de la femme comme celui de la langue, amour gourmand
dont dépend l'humour. Car le blues, enfanté dans la
douleur, ne peut exister que dans la liberté du sujet.
L'origine du mot lui-même est
indécise (to be blue, broyer du noir, ou blue devils,
improbables lutins ou feux follets venus d'une ballade irlandaise) et
lointaine (début du XIXe s.), tandis que ses acceptions
sont aussi variées qu'imbriquées.
Terme générique qui
caractérise et recouvre une forme capitale de la musique
américaine, elle-même définie par des
critères musicaux, historiques, psychologiques, sociologiques...
qui la contiennent mais qu'elle ne cesse d'excéder, le blues se
définit comme une sensation, un sentiment de soi habituellement
traduit par cafard, passé dans ce sens dans la langue
(« j'ai le blues »), et auquel correspond assez
bien le spleen des poètes (Vigny, Baudelaire). Il est ainsi une
sensibilité, une émotion expressive (feeling) qui passent
dans le jeu, dans le chant, et sans lesquelles il ne se passe rien. Et
il est l'impalpable densité qui donne corps à la musique,
transcende les styles et les races et rend accessible à tous ce
qu'il raconte.
Il est donc un texte, tissé de la
mémoire d'un peuple, de ses légendes (John Henry, Stack o
Lee) et de sa vie quotidienne, blues que hante la femme et que
traversent, du spirituel au trivial, de l'obscène au sublime, le
charançon du coton et le contremaître sans pitié,
les pénitenciers et les inondations, la mule fatiguée et
les chiens dressés pour la chasse au nègre, les incendies
et les voyages, l'alcool et la maladie, les jeux, les juges et les
shérifs, la prison et la sécheresse, les fleuves, le feu
et le ciel, la guerre, la boxe et les présidents des
États-Unis... Conteurs, chanteurs et musiciens ont
constitué une tradition orale dont ils ont assuré la
transmission dans une improvisation constante.
Par sa répétition infinie,
l'homme s'interroge sur lui-même dans cet état
d'âme, d'esprit et d'humour que créent le doute de soi et
la proximité sue, connue de la mort. Catharsis, le blues s'en
fait la résolution, projetant avec les moyens du bord une vision
du monde, une philosophie qui le rend au moins provisoirement possible
et qui inscrit la solitude dans l'universel. Langue vernaculaire, qui
parle l'opacité et l'invisibilité du corps noir, en
exhibe et en cache (double entendre) la sexualité, sa
création fut une forme de survie, sublimation par laquelle ses
créateurs se sont imposés dans la culture de notre monde,
tandis qu'il reste le seul lieu d'identité du Noir
américain.
Structure harmonique
Essentiellement vocal, le blues se déroule selon un schéma AAB :
A : Woke up this morning, blues around my bed,
A : Woke up this morning, blues around my bed,
B : Went for my breakfast, blues was in my bread.
La mélodie compte bien moins que les
paroles qu'elle soutient ; le blues est une structure de douze
mesures, comportant trois phrases de quatre mesures, s'organisant
autour de trois accords (tonique, sous-dominante, dominante) et
marqué par l'altération des troisième et
septième degrés de la gamme diatonique (blue notes
auxquelles s'ajoutera celle de la quinte), dont l'origine est parfois
rapportée aux gammes pentatoniques africaines.
Il existe plusieurs gammes de blues, que
Philippe Baudoin présente ainsi dans Jazz mode d'emploi
(cf. figure).
Cependant, chanté, prêché
et parlé, joué en majeur, mais aussi en mineur, sur tous
les tempos, du lent au rapide, instrument (guitare, surtout, et piano)
à l'unisson, en soutien, en contrepoint ou qui relaie, remplace,
continue la voix, le blues peut être à huit ou à
seize mesures et, dans son déroulement, ne pas respecter du tout
les douze mesures, chaque musicien gardant la liberté de suivre
sa propre métrique, de choisir sa progression d'accords et de
modifier les paroles, imposant son rythme, son invention, ses
sentiments et ses affects à un blues qui trouve sa vie et son
originalité dans l'interprétation plus ou moins
improvisée dont il est l'objet.
Codifié par W. C. Handy, qui fut un
des premiers à noter sur le papier ce trésor d'invention
populaire, le blues partage avec le jazz sa gamme et ses blue notes,
comme on peut l'entendre, écoute indispensable à qui veut
réellement le sentir et le comprendre, dans les enregistrements
de tous les musiciens de jazz, qu'ils jouent le blues ou s'en
inspirent, imprimant au besoin ou à l'envi son climat à
n'importe quel thème ou morceau, qu'il soit ou non un blues.
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